Tic-tac.
- Josiane Francoeur
- 5 juin 2022
- 4 min de lecture
Tic- tac.
La grande horloge de la vie vient de t’avertir que maintenant les heures, les minutes et les secondes sont comptés.
L'alarme est prédéterminée.
Tu ne sais pas trop ce que tu ressens vraiment, de la colère ? De la tristesse ? De la rancœur ? De l’injustice ? Et peut-être bien tout cela en même temps et plus encore. Tout se chamboule dans ta tête, toutes les pensées et les émotions se percutent unes contre l’autre créant un chaos monstre.
Une certitude, le voilà commencé le compte à rebours tant redouté.
Tu savais bien qu’il était en train de sonner, tu le ressentais au fond de tes entrailles, tu n’étais déjà plus dans le déni, mais dans la réalité de ce qui était en train de se passer.
Tic-tac.
Qu’as-tu fait de tout ce temps qui t’a été alloué ? En as-tu vraiment profité ? Est-ce que tu as des regrets ? Tant de questions tournent et retournent en boucle, mais tu n’as pas le temps pour tous ces tracas sur lesquels tu n’as aucun contrôle.
Comment peux-tu arrêter ce tic et ce tac ?
Tu ne peux pas. Tu dois accepter.
Alors comment vas-tu vivre maintenant, ce temps restant qui comme du sable se faufile rapidement entre tes doigts ?
Tic, tac, le sablier de la vie vient de se retourner. As-tu envie d’en profiter ou de tout laisser tomber ?
Est-ce que tu veux réellement le vivre ? Avant la nouvelle tu aurais certainement dit NON, après la nouvelle tu crois que la vie peu importe comment, s’accroche toujours plus fort que tout le reste.
Devant l’incurabilité de ce que l’on vient de t’annoncer, tu n’as d’autre choix que d’accepter, il me semble, mais contrairement à cette gorgée de nectar houblonné, elle est difficile à envaler cette immense gorgée.
Tic-tac.
Ton corps te lâche peu à peu il paraît. Quels sont les choix qu’il te reste ?
Accepter que ce corps qui a tant travailler est maintenant en train de te laisser tomber ?
Toutes ces questions ne servent plus à rien, du temps perdu qui ne reviendra plus. Tu ne veux pas le gaspiller puisqu’il t’est compté. Tu vas alors apprendre à surfer sur cette vague ou plutôt ce raz de marée qui t’est envoyé.
Tic-tac.
Devant le peu d’opportunité qu’il t’as laissé, tu devras apprendre à vivre avec cette fatalité, parce que peu importe ce que l’on vient de t’annoncer, la force de rester est plus forte que celle de partir.
Parce qu’il n’y a pas qu’une manière de vivre, il y en a des milliers.
Parce qu’on peut toujours réapprendre à vivre autrement, pas nécessairement comme on se l’était imaginé. De toute façon le plan est rarement comme on voudrait, en fait il ne l’est jamais.
Tu devras alors t’habituer à ce que ton cerveau dans ces cours circuits en déclin décide de ce que ton corps devient.
Mais tu auras toujours le contrôle de tes pensées, de ce que ton cœur ressent de ce que ta tête veut, tu seras toujours cet être entier que tu es.
Tu ne peux pas choisir de quoi demain sera fait, mais en y réfléchissant bien tu peux par contre choisir de comment tu veux l’aborder, sereinement et surtout en profitant de chaque instant.
Et dieu sait que tu profiteras de chaque moment.
Tic, Tac.
Parce que ce n’est pas vrai que devant la fatalité, il ne nous reste plus aucune envie de vivre. Cette envie est là est partout autour et en dedans de toi et elle vibre sans limite.
Tu vas vivre jusqu’à la fin, ta fin dont tu as le pouvoir de décider.
Tu as toujours grandement pris soin des autres. Peut-être que tu devras maintenant laisser ceux-ci prendre soin de toi ? Il y a peut-être une leçon derrière tout ça ?
Et si plutôt face à ce temps qui file, tu décidais de l’utiliser à bonne escient, à apprécier, à te permettre de vivre pour une fois ce sentiment qu’on ressent quand les autres nous aiment et prennent soin de nous. Prendre le temps de ressentir l’amour des autres et se laisser bercer par celle-ci.
Parce qu’au fond tes sens ne disparaîtront pas tous.
Tu pourras toujours sentir l’odeur de celles et ceux que tu aimes, tu pourras toujours voir ce coin de pays que tu aimes tant dans toute sa splendeur, tu pourras toujours entendre le chant des oiseaux et ces voix dont la mélodie te caresse, voir ces poissons sauter dans l’eau, cet animal traverser le champ. Tu verras tout, tu sentiras tout, tu apprivoiseras tout.
Tu pourras aussi voir cette famille qui est tienne se serrer les coudes, passer outre les petites guerres d’égo pour toi, voir leur amour, leur bienveillance. Parce que devant l’adversité le meilleur de chacun ressort.
Tu auras alors un accès direct à ce que l’humain a de plus beau en lui la compassion, l’empathie, la confiance et le plus fort de tous, l’amour.
Tu perdras par contre cette capacité à toucher, serrer une main, donner un baisé, une accolade, mais tu pourras par contre recevoir tout ça des autres et le ressentir pleinement en mettant sur pause ce temps.
Tu crois que tu vas y aller un jour à la fois.
Tic-tac.
Tu crois qu’au fond tu as aussi cette chance que bien peu ont, celle de savoir quand le sablier cessera de couler, la chance de pouvoir faire et dire ce que tu veux avant que le tic tac final ne retentisse. La chance de te préparer, de les préparer. La chance de vivre pleinement les derniers milles comme tu l'entends.
Tu crois que tu vas vivre avec les limites qui te seront imposé.
Tu crois que tu vas te laisser guider.
Et surtout tu leur demande de ne pas t’en vouloir quand viendra le moment d’enlever les batteries de cette horloge fataliste qui te prédit la fin.
Tic. Tac.
Bye, tu dois maintenant aller VIVRE, autrement mais intensément.




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